Tes chansons ne suffisent pas… et autres conseils de scène

Je vais voir un show avec un ami. Les lumières s’éteignent, le public se dirige vers l’avant tandis que le groupe monte sur scène. Première chanson, bonne énergie, bon son, la musique envahit la salle, ce sera une belle soirée. On commande chacun une bière au comptoir et on s’approche.


Deuxième et troisième morceaux — on garde la même énergie, ça se passe bien, on a du plaisir.



À la quatrième, c’est toujours agréable, mais ça semble un peu répétitif.


Cinquième chanson, je dis à mon pote “Je vais aller me chercher une autre pinte, en veux-tu une ?”


Entre la sixième et la septième, mon ami me rejoint au comptoir au lieu d’attendre que je lui rapporte sa bière. Tandis qu’on trinque, je lui dis « C’est moi ou toutes leurs pièces se ressemblent ? »


- Ouin.

- Sors ton cell et regarde ce que je t’ai envoyé.

- Hahahaha, encore le chat désagréable au bout de la table ! Je l’adore.


Huitième chanson, bon ça devrait finir bientôt. On jase pour passer le temps.


- As-tu regardé le match hier ?

- Oui, puis on est en train d’en rater un bon ce soir. Regarde le score.


Il me montre les résultats sur son téléphone.


Neuvième, dixième, onzième.


- Il en reste encore ?

- Non, je pense que c’est fini


Douzième chanson.


- Sérieux ? Ils nous imposent un rappel qu’on n’a pas vraiment demandé ?


On entend de faibles applaudissements polis. C’est enfin terminé, on prend des shots pour digérer le tout.


45 minutes qui ont duré une éternité. Ça avait pourtant bien commencé. Que s’est-il passé ?


Remarquez que je ne décris pas le groupe de musique en question. On ne connaît pas le style, ni le nombre de musiciens, ni dans quelle langue ils chantent, on ignore la grandeur de la salle. Bref, on ne sait rien, mais on a tous déjà vécu ça. On a tous vu des artistes bien commencer une prestation et perdre peu à peu l’intérêt du public.


Voici donc trois erreurs à éviter et trois solutions à appliquer quand on conçoit un spectacle de musique. Ces principes sont presque universels, alors que tu fasses du métal, du folk, du hip-hop ou de la rumba croate tu peux t’en servir.


#1

Erreur : Te contenter de chanter tes chansons

Solution : Chanter des moments


Ça peut sembler étrange, mais le premier conseil est de ne pas surestimer tes chansons et croire que bien les jouer suffira. Les artistes ont un rapport émotif très fort avec leur répertoire. Ils connaissent le texte de façon intime et maitrisent toutes les subtiles différences entre les pièces. Aussi, plusieurs pensent que ce qu’ils ont dans leurs tripes se transmettra directement au public par osmose. Désolé, ça ne marche pas comme ça.


Au lieu d’enfiler les chansons, je suggère toujours aux artistes de plutôt chercher à créer des moments en accordant une fonction spécifique à chacune d’elles. Développez un plan de match pour le déroulement du show. Peu importe la durée du spectacle, ça prend une introduction et une conclusion. Le choix des chansons qui seront jouées en premier et en dernier donnera le ton pour l’ensemble du show. La première doit avoir des qualités particulières pour capter l’attention des gens dès le début, quitte à la réarranger. On doit aussi trouver une façon de mettre en valeur l’interprète principal le plus rapidement possible. La dernière doit permettre de laisser le public sur une bonne note. Il faut donc créer une atmosphère dont on se souviendra longtemps.


Entre l’introduction et la conclusion, il y a plusieurs autres blocs à placer. La durée du spectacle et la courbe de progression que l’on veut obtenir auront une influence sur le choix et l’ordre des chansons. Voici quelques exemples de blocs à insérer dans un show :


- Envol du spectacle

- Prise de contact avec le public

- Moment participatif

- Moment émotif

- Moment grandiose

- Moment acoustique si on est un groupe rock

- Moment plus rock si on joue du folk tranquille

- Moment comique si on présente un univers généralement plus introspectif

- Moment introspectif si on se spécialise dans l’humour

- Moment de virtuosité


Il peut y avoir d’autres types de moments, cette liste n’est pas exhaustive.


En adoptant cette méthode, le spectacle gagnera en amplitude dynamique et vous garderez le public en alerte.


#2

Erreur : Trop aimer TA musique

Solution : Aimer LA musique


Tu as composé des chansons, tu les as pratiquées, arrangées, enregistrées. J’imagine que tu aimes TA musique, ça va de soi. Mais, même si tu as passé des centaines d’heures à travailler sur ton album, tu peux jouer différemment sur scène. Si tu restes trop accroché à tes versions studio, que tu ne veux pas en déroger pour le spectacle, il se peut que le résultat semble prévisible et manque de relief. C’est dommage, car en général le public souhaite être surpris.


La musique est un art vivant. Les arrangements doivent servir les besoins de chaque moment et captiver. Pose-toi des questions telles que :


· En introduction, comment vais-je faire pour capter l’attention des spectateurs dans les quinze premières secondes ?


· Quelle chanson a un refrain facilement mémorable que les spectateurs pourront reprendre en chœur ?


· Quelle pièce deviendra incroyablement touchante si je ralentis le tempo pour une version acoustique ?


· Est-ce que je peux en interpréter une complètement a capella ?


· Quel morceau suscitera la surprise si je l’interprète dans un style différent ?


· Dans quel ordre vais-je placer tout ça ?


Sors des sentiers battus. Au lieu d’aimer TA musique, je te mets au défi d’aimer LA musique et d’explorer de nouvelles façons de jouer ton répertoire. Ça t’évitera de te limiter à chanter des chansons et te permettra de créer des moments.


#3

Erreur : Je veux être écouté du public

Solution : J’ai le devoir de captiver le public



Tu montes sur scène donc tu t’attends à être écouté, c’est normal. Mais si c’est ton seul objectif, ça part mal. L’attention des gens se gagne petit à petit, surtout en début de carrière. Ton but ne doit pas se résumer à « vouloir être écouté ».


Je t’invite à dire plutôt « je dois captiver le public ». La première formulation est passive. En disant « je veux être écouté », un artiste confie au public la responsabilité du spectacle et lui impose le devoir d’écouter.


La seconde formulation est active: « Je dois captiver ». La tâche repose sur les épaules de l’artiste qui prend la responsabilité de développer des moyens originaux pour gagner l’attention du public.



2 autres conseils pour créer des moments magiques

Écoute ton instinct.

Pense aux groupes que tu admires et qui ont du succès. Souviens-toi des shows qui t’ont donné envie de jouer de la musique. Qu’y avait-il de si particulier ? Qu’est-ce qui t’a marqué ? Les vrais pros ont ce talent pour développer une vision unique pour leurs spectacles. Cette vision se construit bien avant de monter sur scène. Une idée brillante peut venir de façon très spontanée, en marchant dans la rue ou en préparant un repas. Si tu as un flash audacieux pour ta prestation, c’est ton instinct qui te parle. Prends-le en note et teste-le lors d’une prochaine répétition. Fais-toi confiance. Peut-être même que tu vois dans ta tête la réaction du public.


Écoute le public.

Tu as eu un flash particulier pour créer un moment spécial, tu l’as essayé en répétition, et maintenant tu le testes en spectacle ? Sois attentif, écoute ton public. Est-ce qu’il réagit comme tu avais prévu ? Si la réponse est oui, t’as gagné. Si c’est non, il faut donc retravailler l’idée. Avec le temps, tu développeras cette capacité de toujours viser plus juste. Ça s’appelle l’expérience.



Ces conseils s’appliquent pour tous styles de musique. Je veux surtout dans ce billet provoquer une réflexion sur l’art de concevoir un spectacle et faire prendre conscience du point de vue du public.


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Bon show!

Olivier







Crédit photo : Harry Shelton







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